Atchoum

Mars 2002

Bien que je ne puisse plus lire, on m’a raconté l’aventure de Bolgat Molfront. Alors je ne vois pas pourquoi je ne vous raconterais pas les farces que je joue à mes hébergistes.

Replaçons le contexte, je vis au pré, sur l’île d’Oléron avec d’autres poneys dont certains travaillent le mercredi après midi ( pas trop dur le rythme). Pour vérifier que je vais bien, et en profiter pour me faire tous ces trucs de vétos que je déteste ( vermifuges, vaccins, tests aux yeux avec un produit vert fluo et puis quoi encore !!), Vanessa ( mon hébergiste) m’a appris à prendre le camion avec les autres. Comme je ne peux pas « voir » le pont j’ai appris à sauter dessus sur commande  « Atchoum, le pont » et à descendre avec prudence « Atchoum, la marche ».
Pendant que les autres bossent, je discute avec ceux qui restent au paddock ( poulains au débourrage, les "récemment castrés", poulinière…). Et puis le soir, on rentre au pré.
Seulement voilà, aujourd’hui le camion est en panne et Fabien ( l’ami de Vanessa) est venu avec le van. Donc, tous les copains ne pouvaient pas entrer. Et moi, comme je suis soi-disant handicapé, je devais rester au pré avec les vieux croûtons qui ne travaillent plus !
Cela n’a fait ni une ni deux, pendant que Fabien avait le dos tourné, j’ai poussé la barrière et je me suis sauvé au grand galop sur la route, suivi par mon pote Igor qui n’est plus tout jeune (à la lettre mais qui a déjà fait un tour d’alphabet ).
Personnellement, je galope sans rien voir très souvent et cela ne me gène pas du tout. C’est pas comme les humains qui s’inquiètent dès que je dépasse le petit trot. J’ai bien ri d'entendre Fabien me courir après et s’époumoner à crier mon nom ( je suis aveugle, pas sourd !). C’est d’ailleurs parce que j’ai l’ouïe fine que j’ai entendu la voiture qui venait en sens inverse. Je me suis arrêté et je me suis mis sur le bas coté pour la laisser passer.
Après j’avais le choix entre rentrer et faire encore courir Fabien. Bon, il ne faut pas pousser trop loin la plaisanterie et puis le vieil Igor commençait à souffler sérieusement. J’ai donc fais demi-tour, je suis passé devant Fabien sans le voir ( et pour cause ) et je suis rentré au pré, Igor sur mes talons.

C’était juste pour leur faire comprendre que je ne suis pas aussi handicapé qu’ils le pensent et que je tiens à faire mon tour de camion le mercredi ( et tans pis pour les soins vétos, je m’en accommode quand même).
Ils m’ont promis que la semaine prochaine le camion serait réparé…On verra car j’ai encore plus d’un tour dans mon sac !!

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